Aujourd’hui, les parents ne sont pas tenus de déclarer un médecin traitant pour les enfants de moins de 16 ans, ce qui évite notamment de devoir passer par un médecin référent avant de consulter un spécialiste comme par exemple un pédiatre. Dans la mesure où un projet de loi visant à rendre obligatoire la déclaration d’un médecin traitant est en discussion depuis le mois de juin, les choses risquent de changer prochainement… Une proposition qui fait grincer les dents des parents comme des pédiatres !

 

Un projet qui peut aller à l’encontre de l’intérêt de l’enfant

Les métiers du médecin généraliste et du pédiatre sont différents, car l’enfant n’est pas un mini-adulte et poser un diagnostic demande des connaissances spécifiques. À l’heure actuelle, beaucoup de médecins généralistes suivent déjà les enfants par défaut, car les pédiatres sont peu nombreux et surchargés. Ils ne sont pas assez nombreux pour suivre tous les enfants pendant les premières années de leur vie et c’est donc près de 80% des enfants qui sont pris en charge par des médecins généralistes. Les parents choisissent généralement de se tourner vers le médecin généraliste pour des visites de contrôle, notamment chez les moins de 2 ans, et vers des pédiatres en cas de besoin plus spécifique. Ils ont le choix d’aller où bon leur semble et pour l’instant, avec pas mal de libertés. Si ce projet de loi est adopté, ils vont devoir faire un choix ferme entre le généraliste et le pédiatre qu’ils prendront comme médecin déclaré. Les pédiatres qui seront choisis seront peut être débordés pour des visites de routine qui pourraient être assurées par un médecin traitant. D’un autre coté, les médecins traitants vont devoir faire une redirection de l’enfant et des parents lorsqu’ils feront face à des symptômes plus complexes. Cela pourrait engendrer une organisation plus difficile aussi bien pour les spécialistes que pour les parents, ainsi que des frais supplémentaires qui pèseraient sur le système de santé.

 

La formation de pédiatres supplémentaires

Conscient du risque de saturation des rendez-vous chez les pédiatres, le gouvernement a annoncé qu’il allait prendre des mesures pour augmenter le nombre de spécialistes de l’enfance. L’accès au concours va être élargi et des pédiatres étrangers vont également être recrutés afin de prêter main-forte aux médecins français. D’ici 2020, le Ministère de la Santé prévoit de couvrir suffisamment le territoire pour suivre facilement tous les enfants de 0 à 6 ans. Mais en attendant, que se passera-t-il ?

 

Les préconisations des pédiatres

L’enfant nécessite une prise en charge particulière et des compétences spécifiques liées à sa croissance. Les pédiatres suivent une formation dédiée aux spécificités du corps pendant cette tranche d’âge, pour savoir comment le prendre en charge de manière globale. Par exemple, les mêmes symptômes peuvent entraîner des prises en charge complètement différentes en fonction de l’âge de l’enfant et ne pas revêtir le même niveau de gravité. De la même manière, certains retards de croissance, d’apprentissage, de développement du langage demandent une certaine expertise et une pratique régulière pour pouvoir être décelés facilement. 

Forcer les parents à passer à chaque fois par un médecin traitant pourrait donc figer la prise en charge de l’enfant en restreignant les possibilités pour les parents qui font face régulièrement à des questions ou des inquiétudes. De plus, le coût d’un tel projet n’est pas anecdotique, il s’agirait d’imprimer des cartes vitales pour tous les enfants et surtout de procéder plus régulièrement à des doubles remboursements de consultation (un généraliste, puis dans un second temps, uns spécialiste comme un pédiatre).

Face à ce constat, le Syndicat national des pédiatres français préconise de maintenir le système en l’état actuel. Intelligent et flexible, il laisse aux parents le choix de consulter un généraliste ou un pédiatre, selon leurs besoins ou simplement leur situation géographique. Les enfants continueront d’avoir un spécialiste à leur écoute, pour les prendre en charge de manière suivie ou ponctuelle.

 Est-ce que le gouvernement sera sensible aux arguments des pédiatres, et des parents qui les soutiennent ? Affaire à suivre…

Alice de l’équipe PediAct