La parentalité évoque inévitablement l’idée d’un couple qui va devenir parents. Durant la grossesse le bébé se forme dans le ventre de sa mère, elle est suivie et surveillée aussi bien physiquement que psychologiquement, alors que son conjoint n’est que le « père en devenir », aussi attentif et bienveillant soit-il. Mais qu’en est-il réellement de ses émotions ? Comment vit-il cette accession à la paternité ? La naissance de son enfant provoque-t-elle un changement émotionnel ?

Du désir d’enfant à la paternité

Le désir de devenir parent est un souhait qui se réalise à deux, c’est une histoire d’amour et de désirs que l’on souhaite partager ensemble.

Lors de la grossesse, la construction paternelle est pourtant davantage mentale : l’enfant se développe dans la femme, et l’homme n’est que le témoin oculaire des changements du corps féminin. Toutes les attentions de l’entourage sont tournées vers la future maman et si l’on devient mère dès l’instant que l’on apprend sa grossesse, on ne devient père qu’à travers un processus de pensées. Alors que tout semble encore irréel pour ce dernier, l’enfant commence à bouger dans le ventre de sa mère, le bébé tant désiré est déjà là pour elle, présent dans son corps et dans son esprit.

La temporalité du « devenir père » est bien plus complexe de celle du « devenir mère », car il perçoit différemment, tout du moins au début, les signes de leur enfant qui crée le lien parental. Il doit apprendre à trouver sa place, car il ne peut pas suivre les mêmes processus physiques et psychiques que la future mère pour accéder à sa paternité. Cela peut parfois prendre un peu de temps.

Il se peut alors que le futur papa ressente un fort sentiment d’insécurité. Assumer un enfant peut devenir une perspective angoissante. Il doit admettre qu’il va se trouver à son tour en position de transmettre, tout comme ses parents l’ont fait. Il peut alors faire un parallèle avec sa propre histoire et le comportement de son propre père, qu’il ait été bon ou mauvais, et son futur rôle de parent.

Le lien avec son enfant se crée parfois un peu plus tard, lors des visites d’échographie, par exemple, où certains hommes prennent pleinement conscience de l’enfant à naître, à la vision de la morphologie et des mouvements du fœtus, ou encore lorsqu’ils participent aux séances de préparation à l’accouchement et qu’ils ressentent une communication affective avec leur enfant. Mais le sentiment de paternité peut apparaitre à différents moments : à l’annonce de la grossesse, à la naissance ou encore quelques mois plus tard.

Mais une chose est certaine, se poser des questions et avoir des inquiétudes lorsque l’on va devenir père est tout à fait normal, et l’homme doit se préparer psychologiquement à l’arrivée de son enfant.

De la naissance aux premières années de l’enfant

Lors de l’accouchement, le futur père est souvent présent et il vit là un véritable choc émotionnel. Il peut se sentir  inutile, anxieux et a parfois l’impression de ne servir à rien, alors que sa présence est souvent souhaitée par sa compagne. Il assiste alors, impuissant, à la naissance d’un tout petit être qui va bouleverser le reste de sa vie. Heureux, fier, fatigué, dépassé, inquiet de savoir si son enfant est « normal », il traverse une succession de très fortes émotions qu’il ne peut pas toujours maîtriser.

Une fois passé le sentiment de fierté, les doutes et les angoisses peuvent s’installer : la peur de mal faire avec son enfant ou de lui faire mal est présente, il se sent surveillé par le personnel médical devant l’imprécision de ses gestes, « épié » par la famille, mais aussi par sa compagne.

C’est un réel bouleversement psychique qui s’opère : la naissance d’un enfant engendre la naissance d’une mère et d’un père. Le jeune père désire la gratitude de sa femme, qu’elle le reconnaisse de nouveau comme le père de son enfant. Chacun des deux parents a alors besoin de se retrouver dans une relation de sécurité : leur couple. Le cocktail d’émotions ressenti par le père se stabilise dès lors qu’il accède à la paternité grâce à son couple, qui est son repère et qui existait « avant ». Il en a d’autant plus besoin que, lors des premiers mois qui suivent la naissance, la relation mère-enfant est très fusionnelle et qu’il a parfois du mal à se positionner dans cette triangulaire.

Pourtant, une étude américaine publiée dans les Annales de l’Académie nationale américaine des sciences (Pnas) indique que les jeunes pères ont moins de testostérone et que ce phénomène biologique permettrait à l’homme de participer davantage aux soins requis d’un nouveau-né. Un des co-auteurs de cette étude stipule que : « Être père et les contraintes liées à l’arrivée d’un nouveau-né, demandent un important ajustement émotionnel psychologique et physique« . Devenir père pourrait donc signifier qu’un homme peut traverser un changement biologique substantiel, afin de l’aider à affronter ces exigences.

Lorsque l’enfant grandit et qu’il devient un peu moins dépendant, la communication entre l’enfant et son père devient plus directe, d’autant plus si le père est physiquement présent. La responsabilité et l’image paternelle s’installent progressivement et le lien père-enfant prend toute son ampleur, à condition que la mère laisse à son compagnon sa place de père.

Pour qu’un homme ne se sente pas en danger dès l’annonce de sa future paternité et qu’il puisse être aussi attentif que prévenant que sa compagne le souhaiterait, il semblerait donc essentiel de comprendre et respecter qu’il traverse une période de chocs émotionnels qui peuvent prendre un peu de temps. Lui-même ne réalisant pas toujours ce qui lui arrive et étant projeté dans sa propre histoire. C’est dans le couple que l’homme et la femme doivent alors puiser leur force, tout comme les enfants tireront la leur pour grandir et s’épanouir à travers le couple que forment leurs parents.

Alice du Laboratoire PediAct

Sources :

Annales de l’Académie nationale américaine des sciences (Pnas) : Données longitudinales,  la paternité diminue la testostérone chez les mâles humains.